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Quelques extraits du journal de voyage rédigé par René Bernard, équipier de Saranaïa II

7. De l'Australie à Bali


ESCALE À DARWIN (Northern Territory)

28 août - 13 septembre 1997

Nous arrivons.

Saranaïa II a-t-il passé la ligne ? Oui, dit Jean. À la radio John Lewis de Rallye Control répond : non, continuez vers le Sud, je vous dirai quand ! Mais Jean ne se le tient pas pour dit. On n'a pas ou on a des origines bretonnes, lui c'est clairement oui : barre à gauche, vers Fannie bay ! L'autre : Saranaïa II, vous n'avez pas passé la ligne, continuez vers le Sud. Pierre, not'radio, prend un air désabusé. Luis d'Atlantis s'en mêle, mais Jeannot tient bon... Vu notre classement dans cette étape, ça n'a pas beaucoup d'importance, mais c'est moi qui suis à la barre... Enfin, Jean se rend, mais c'est comme pour la pêche au thon : c'est long.

Nous passons la ligne, puis nous doublons Emery Point et Elliott point pour venir mouiller avec les copains devant Dinah Beach, en attendant l'ouverture de l'écluse pour Francis Bay marina. Manoeuvre sanaraïesque, mais on n'a rien cassé et nous voici amarrés au ponton fixe, à peu près correctement.

On mange les restes. Annick veut faire la vaisselle, laver les plancher, puis nous rendons visite à Rallye Office, installé à SADGROVES'S QUAY. Ce soir, il faut aller au market du jeudi à Mindil Beach: OK Janina! Le bus c'est 2$ (AUD) par personne. Mindil Beach à la fin de la journée. Le soleil descend vers la mer. Il y a de nombreux stands installés dans le parc. On peut goûter toute la cuisine d'Indonésie et d'Asie et s'offrir tout "l'artisanat" aborigène et des îles du Pacifique. Les australiens sont venus en famille ; ils mangent et boivent comme s'ils avaient faim et soif. Les équipages du rallye sont là eux aussi. Moi, je ne suis pas complètement présent : Annick s'en va demain. C'est notre dernière soirée, notre dernière nuit : ce soir, nous ne rentrons pas au bateau.

Nous sommes à Darwin depuis cinq jours. La ville, détruite presque entièrement par un cyclone appelé TRACY la veille de Noël 1974, est neuve.

Nous sommes au Sud-Est, à un quart d'heure à pied du centre. Le port est sévère derrière son écluse. On ne voit pas la mer, les pontons sont en béton. Des sanitaires au bout de chaque ponton et c'est tout. derrière le grillage c'est la highway où circulent les ROAD TRAINS : un semi remorque, plus deux ou trois remorques, une vingtaine d'essieux, deux cents tonnes, jusqu'à cinquante-trois mètres de longueur. Ce n'est pas très agréable, mais c'est près de la ville. Et puis samedi après-midi, nous avons sorti le bateau sur l'aire de carénage de Sadgrove's Quay et depuis, on peint après avoir gratté, mastiqué, poncé un peu en amateurs, mais bon : les caisses de Saranaïa II ne sont pas très remplies et on économise la main d'oeuvre. Jeudi matin on remet à l'eau.
C'est alors que nous étions dans les sangles du travelift que j'ai reconnu Alain Galtié ; ce type qui me parlait en français avec un accent parisien, je le connaissais, mais de quelle escale ? finalement, c'était plus vieux que le tour du monde, beaucoup plus vieux : c'était il y a plus de vingt ans au collège Lamartine où Irène était prof' de gym'. Se perdre de vue pendant si longtemps et se retrouver au bout du monde !

Dimanche soir, on prend l'apéritif ensemble,

lundi, on se retrouve après la cérémonie de bienvenue au Parlement du Territoire, on boit un pot au bar du Dinah Beach Cruising Yacht Association, puis on mange des spaghettis sur "Romané", leur bateau... et j'en passe le rendez-vous avec Radio Pluriel.

Mardi, barbecue avec leurs amis : Herbert, un allemand qui navigue sur un NAUTICAT 43 "SEPTIMUS SEVERIUS" avec son amie panaméenne Rosa ; Gherard, un autre allemand ; Marcel et Martine de MIMOSA. Jean-Claude de "COMME UN CHEVAL FOU" fait un passage.

Mercredi, on va ensemble à la réception de l'hôtel-casino MGM.

Jeudi, je suis invité à dîner sur leur bateau.

Et vendredi, on refait le monde autour d'une bouteille de green ginger wine...

(...)

Beaucoup de bateaux profitent des installations de Sadgrove's quay pour faire leur carénage et des révisions réparations à mi parcours. L'aire bien équipée et fort agréable est très animée. C'est Luis d'ATLANTIS qui tire le mauvais numéro : son arbre d'hélice, son hélice, ses fixations de gouvernail, ses passe coques, tout cela en bronze, sont mangés par la corrosion. Une erreur dans la mise à la masse de l'installation électrique semble responsable. Il me dit : ça va me coûter dix mille dollars. Je n'ose pas demander si ce sont des dollars australiens...

Samedi 6 septembre, après-midi culturel. Avec Irène et Alain nous visitons le Gallery Art Museum Northern Territory, avant d'aller à la nuit tombante écouter le Darwin Symphony Orchestra sur les pelouses de l'hôtel MGM. L'entrée du musée est gratuite. C'est moderne, climatisé et agencé de façon très pédagogique. Peintures aborigènes sur bark, c'est-à-dire écorce, de papyrus je crois, déroulée, séchée et préparée, peintures modernes très colorées, faunes du territoires : coquillages, poissons, oiseaux, marsupiaux... et crocodiles. Une salle sur le cyclone TRACY, une salle chinoise, un couloir maritime : Cook, Darwin et quelques autres. Un hangar pour les bateaux traditionnels des îles des mers de Timor et d'Arafura. Au dernier étage une expo-vente sponsorisée d'oeuvres contemporaines. C'est superbe, on en a plein les yeux, mais il est cinq heures, on ferme. (...)

Dimanche 7 septembre, il y a encore des départs dans les équipages amis. Chouchou nous a quitté le 1er et Roger le 2 ; aujourd'hui, ce sont Magali et la "grande" Martine de RIO et Évelyne d'ATLANTIS... le rallye est à un tournant, celui du retour.

La deuxième semaine à Darwin, on fait un peu de tourisme, pendant que Loïc, qui part (définitivement ?) sur SNOOTY FOX et qui rentre d'un périple avec sa Caro, met un point d'honneur à effectuer quelques travaux d'entretien avant de nous quitter.

Lundi, je pars avec Alain, Irène et leurs copains de BRENCHIE : nous allons visiter le Wildlife Park du Territoire et la ferme des crocodiles. Le Wildlife Park, c'est un zoo très bien aménagé où l'on peut voir tous les animaux qui vivent dans cette région de l'Australie, les "endemics" et les "invaders". Les animaux nocturnes et les poissons sont très bien présentés, les oiseaux aussi, nous dira Jean, mais nous n'avons pas eu le temps de les voir. Les kangourous font peine à voir : l'un d'eux n'a plus qu'une partie de son oreille gauche sanguinolente, son museau aussi a été mordu ; d'autres semblent apeurés ou malades. Je prends malgré tout quelques photos, pour Annick, pour les enfants de Jules Verne ; mais je préfère garder l'image de la grande raie qui évoluait majestueusement dans l'aquarium au dessus du tunnel où nous circulions en bons touristes. Et nous allons à la ferme des crocodiles assister au repas des monstres. Deux hommes pénètrent dans l'enceinte grillagée qui entoure le billabong et la berge herbeuse : l'un porte une caisse pleine de volailles mortes, l'autre tient une solide lance de bois. Ils s'installent près de la porte. Celui qui a la caisse commence à frapper le sol avec une volaille dont les plumes commencent à se détacher et à voler. À la surface de l'eau apparaissent les têtes et les dos de plusieurs crocodiles qui nagent calmement vers le bord, puis s'immobilisent. L'homme continue à battre un rythme étrange. Soudain un de ces monstres, contemporains des dinosaures, jaillit hors de l'eau et fonce sur l'herbe : l'homme lui laisse la volaille qu'il saisit dans son immense gueule, puis la bête retourne à l'eau aussi vite qu'elle est venue. Le second crocodile ne se contente pas d'une volaille, il en redemande. L'homme jette un autre volatile. Le monstre s'en saisit et continue d'avancer. Le second homme pointe sa lance, lui et son compagnon reculent vers la porte. La bête renonce et retourne à l'eau où de brèves bagarres éclatent. Au musée de Darwin, je me souviens d'avoir lu :  "Vous, vos enfants, votre chien, êtes des nourritures pour les crocodiles". J'ai envie d'ajouter : "... et aussi les autres crocodiles !". À la fin, un dernier crocodile se précipite encore sur l'herbe, mais la caisse est vide. Les deux hommes repassent et referment la porte. Le monstre s'arrête et reste immobile sur l'herbe. Quand nous reviendrons un moment plus tard, il sera toujours là, dans la même pose. Peut-être attend-il le second service ? Cet arrêt à la ferme des crocodiles marquera notre journée : des centaines de monstres, des bébés et d'autres qui mesurent jusqu'à six mètres... j'en ai la nausée, les autres aussi, je crois.

Pierre et Danièle ont loué un camping car pour quelques jours. Je me suis retrouvé vendredi dernier seul à bord avec Jean, qui après la réception à Government House, m'entraîne chez un tour-operator qui a une hôtesse belge qui parle français.

Et nous voici mardi matin, à sept heures moins le quart, partant pour deux jours au parc national de Kakadu. Voici notre bus et SCUFFY notre chauffeur. Encore une famille de profs d'anglais de NOUMÉA aux bagages impressionnants et une jeune femme format planche à voile, et nous roulons sur ARNHEM HIGHWAY, une route nationale à deux voies dans un paysage plat planté d'arbres un peu secs et d'herbes hautes elles aussi. Les peuples aborigènes brûlent ces herbes, si j'ai bien compris, pour éviter des incendies de forêt. Ainsi, les troncs sont souvent un peu calcinés, mais les feuillages restent plus ou moins verts et à la saison des pluies qui arrive en octobre, tout reverdira. L'impression est étonnante. Premier arrêt à Fogg Daru Wildlife Reserve, une zone humide où se rassemblent des milliers d'oiseaux, puis à Adelaïde River où nous avons droit à une croisière d'une heure et demie pour voir sauter des crocodiles auxquels une "crew" tend des pièces de viande au bout d'une ligne. Après l'entrée du parc, arrêt pique-nique dans une nouvelle zone humide : Scuffy distribue à chacun un carton qui contient une petite salade, un morceau de pain, une pomme, deux biscuits et une petite brique de jus d'orange. Trente minutes pour manger, lire les informations sur la zone et la regarder ! Les Calédoniens, eux surtout, expriment leur... désappointement. On franchit South Alligator River. On s'arrête vingt-cinq minutes à Bowali visitors centre : je n'ai le temps de voir que la moitié d'une présentation du parc. À NOURLANGIE, premier contact avec la culture aborigène : notre chauffeur se transforme en guide passionné pour nous expliquer comment ces dessins étaient (sont) de véritables leçons d'initiation pour les jeunes. Enfin le rythme se ralentit un peu et on a le temps de voir et de commencer à comprendre. Il nous reste "Yellow Waters Cruise" en fin d'après-midi, merveilleuse promenade en bateau où toute la vie du billabong s'offre à nous : arbres et fleurs, plantes aquatiques, oiseaux par milliers dont les merveilleux jabirus et jacanas, chevaux et buffles sauvages, et bien sûr les crocodiles. Ceux-ci sont placides au regard de ceux que nous avons déjà rencontrés ; il est vrai que nous ne leur proposons pas de nourriture... La lumière est belle en fin d'après-midi, il fait moins chaud et on a prévu pour nous un grand bidon d'eau fraîche ; suprême bonheur de ces deux heures paisibles après une journée trépidante et torride, malgré la climatisation du car. Nous rentrons à CODINDA, halte des voyageur à Kakadu. Repas style barbecue, puis nous allons nous coucher dans notre tente. Heureuse surprise, la nuit sera fraîche.

Le lendemain, mercredi, petit déjeuner à sept heures un quart. Ça tient du jeu de piste, mais c'est super quand on a trouvé. Scuffy veille à tout. Seule notre Calédonienne râle parce que les toasts ne sont pas grillés. Son mari lui répond : moi je me régale ! Les jeunes aborigènes ont même allumé un feu de bois entre les tentes. Scuffy fait maintenant la vaisselle et prépare le pique-nique, puis nous partons pour UBIRR. Nouvelle visite de Rock Art, toujours guidés par notre chauffeur. Les peintures sont émouvantes ; puis on grimpe sur le rocher d'où la vue s'étend sur la zone humide et au-delà : magnifique ! C'est le paradis ici, dit notre guide. Les yeux ne se lassent pas d'admirer et pour une fois, on prend son temps : les oiseaux, les mammifères, les couleurs, même la chaleur est supportable. Je regarde Mark, le jeune Aborigène qui vit à Darwin et vient pour la première fois ici. Que peut-il penser ? Qu'échange-t-il avec Noliko, la jeune Japonaise ? Ce soir dans le car il racontera longuement son histoire, celle de sa famille, les coutumes... Il faut quitter le paradis. Nous revenons à SABIRU au bord de East Alligator River. Nous pique-niquons au bord du fleuve sur une aire aménagée. Personne ne demande si on peut se baigner, et pourtant il fait chaud. Nous refaisons en sens inverse la route du matin pour nous arrêter au Centre de Culture Aborigène de Wanadjan. À part quelques oeuvres d'art, c'est très bavard : des panneaux expliquent longuement, en anglais bien sûr, la culture et les coutumes. Ras l'bol l'anglais ! et en plus nous n'avons que quarante minutes : je fais un tour rapide, puis je vais faire quelques achats à la boutique. Il nous reste à aller à Barramundi Gorge où une baignade est prévue. Démonstration de conduite du car sur la piste : tout le monde se cramponne mais ça se passe bien. Moins bien le long de la rivière : sable sur rocher, je glisse. Mes fesses, et plus grave, mon Nikon, heurtent le sol ; le filtre UV est fendu et cabossé... Baignade en eau douce, sans crocodile. Retour très long... trois cents kilomètres : on arrive à plus de onze heures du soir. Douche et dodo. Bien, le Kakadu, mais trop de kilomètres !

Jeudi matin, un peu plus de cinq heures, arrivée de Jean-Etienne.

Jeudi soir, soirée "prizegiving" au Darwin Sailing Club à Fannie Bay. Ça se passe en plein air, c'est agréable. Les Portugais répondent à ma demande de rencontre sur le Timor oriental. Luis me présente Juan, le Président de l'association portugaise-timorienne. José me présente Alice qui travaille pour une radio timorienne à Darwin. Je remets Alice à demain soir. Je dîne au Sailing Club avec Luis, Juan, Gueneiro et quelques autres. J'appelle Radio Pluriel et Jules Verne, puis en rentrant j'enregistre sur le ponton, avec Luis comme interprète, une interview sur l'historique des événements, la communauté portugaise timorienne de DARWIN, le Prix Nobel de la Paix, et l'avenir. On se couche tard...

Vendredi soir, Alice et Zeka nous invitent à dîner sur Travel Lodge, excellent repas de poissons et fruits de mer arrosé de deux bonnes bouteilles de vin rouge australien. Puis nous allons au club portugais timorien et nous finissons chez Juan pour l'enregistrement : la vie d'émigrés d'Alice et de Zeka, leurs engagements, leurs espoirs...
Retour à deux heures du matin, sur le ponton Martine de Rio, la blonde, fait sa lessive : je l'aide à essorer son jean avant d'aller prendre ma douche.


 

de DARWIN à BALI (Benda)

13-21 septembre 1997

Samedi 13 septembre, on appareille à 13.30 !

Dimanche, petit temps. On a fait 108 milles au "call" de neuf heures ! Le soir, Jean-Étienne monte en haut du mât pour une petite réparation sur l'émondeur. À minuit, pour mon quart, plus de vent : moteur jusqu'à trois heures.

Lundi matin, plate-forme pétrolière en vue sur bâbord. On a fait 117 milles en 24 heures. On envoie le spi peu après dix heures et on le porte jusqu'à la nuit. Le vent monte un peu et fait gagner son pari à Danièle contre Pierrot : plus de 10 noeuds de vent apparent à minuit.

Au "call" de mardi, on a fait 156 milles en 24 heures (6,5 noeuds). On renvoie le spi et on oublie de remonter la ligne de pêche. Et voici le moulinet qui siffle en se déroulant. Que faire ? Impossible d'arrêter le bateau sans spi. Appeler le spi ? C'est long et pendant ce temps le poisson tire. Jean propose de couper la ligne et Jean-Étienne de mettre le moteur en marche arrière. J'engage le combat et tandis que Saranaïa II continue sa route normalement, Jean-Étienne m'aide à remonter un thon. C'est une première... un thon sous spi ! Il était en pleine digestion. Il recrache sur le pont une dizaine de petits poissons et je lui en retrouve autant dans l'estomac. Quel appétit ! Mais il était épuisé : pas besoin de l'assommer. Thon à la provençale !

Dans la nuit de mardi à mercredi, j'observe une éclipse totale de lune entre deux et trois heures du matin avec Jean-Étienne. Cette nuit, nous avons laissé le spi. Il y aura bien une petite alerte vers trois heures, lorsque de gros nuages créeront deux ou trois sautes de vent et nous empêcheront de voir la lune ressortir du cône d'ombre. Au call, nous affichons à nouveau 156 milles. Vers 13.30 (TU + 8) on aperçoit une terre à tribord, c'est l'île de Pu Pu Sawn. Un navire de pêche indonésien vient nous saluer, puis nous laissons l'îlot de DANA à 1 mille sur bâbord. En début d'après-midi, le vent devient très faible : on amène le spi et on met le moteur pendant une paire d'heures, c'est bon pour les frigos, l'eau chaude et les batteries, puis on renvoie le génois.

Jeudi à cinq heures du matin, plus de vent à nouveau : on remet le moteur pour la matinée. 152 milles au call. L'après-midi, nous apprenons qu'INFATUATION et KELA sont arrivés à Bali. Jean-Étienne donne un cours détaillé de géographie à Danièle. Nous avons passé la journée à longer sans la voir SUMBA Island (= sandalwood = bois de santal). Et puis ce matin, Jean a écrit "heure de Bali" sur le journal de bord : ce n'est rien, mais ce rien met fin à des palabres interminables sur l'heure. Quelle heure est-il à bord ? L'heure de Darwin (TU + 9.30), l'heure du méridien du bateau, l'heure de Bali (TU + 8), voire le temps universel pour Pierrot (TU)... Que de débats !... et voir plus haut la question de la ligne de changement de date...

Vendredi matin, nous avons fait 148 milles, soit un peu plus de six noeuds de moyenne... On envoie le spi qui se met en coquetier autour de l'étai. Ça nous occupe un moment à compter les tours gagnés et les tours perdus. Finalement, Jean-Étienne grimpe au mât et le spi satisfait se libère tout seul ! Toute la journée encore sans spi... Mais on nous a recommandé de ne pas arriver de nuit à Bali : à la fin de l'après-midi, ça va trop vite. On amène le spi, on tangonne le foc inter, puis on prend deux ris. Saranaïa II avec sa carène toute propre va toujours aussi vite ! Vers minuit on empanne et on fait route au nord entre Mundi et Bali. Le vent mollit : on largue les ris, puis on met le moteur... Au petit matin, un violent courant contraire, huit noeuds ! nous fait culer un moment le long de la côte de Bali. On se rapproche de la côte, le courant devient moins fort : peu à peu on regagne, puis tout va très vite. On atteint le chenal d'accès qui sinue entre les récifs, puis entre les bancs de sable. MOONWALKER, notre navire accueil, nous guide par radio dans l'entrée balayée par le vent et le courant. Nous voici accostés au ponton : effectivement, il valait mieux ne pas arriver de nuit. Tony de White Swan A et Juto de Best of Brinju nous prennent les amarres ; le GPS totalise 989 milles depuis Darwin.


 

Escale à BALI

(Marina de Port de BENDA BARUNA SAKTI : marina internationale de Bali)

Nous attendons la douane et l'immigration. Les marins présentent un bâtiment au toit en forme de pagode de couleur verte : réception, toilettes, douches, restaurant, petit magasin. On retrouve à peu près les services habituels, un peu moins "clean" qu'en Australie, certes... Près du port, dans ce que je prends pour une gare maritime, on trouve WARTEL, l'entreprise téléphonique indonésienne. On achète une carte et moyennant une unité locale, nos cartes FRANCE TÉLÉCOM fonctionnent.

Dimanche matin, nous attendons encore la douane et l'immigration, tandis que d'autres bateaux du rallye arrivent, que l'on aide à s'amarrer dans le vent et le courant.
L'après-midi, nous allons visiter le temple de PURA LUHUR ULU WATU perché sur la pointe sud-est de la péninsule de Bukit (= colline en polynésien).
(...)
Puis nous saluons sur le grand carrefour la statue du Dieu BATHARN GURU doté de quatre faces et de six bras. La nuit est tombée. Le restaurant indiqué par notre guide est fermé ; nous nous replions sur le Hong Kong : la cuisine sera chinoise...

Lundi après-midi, je repars avec Petra et Ann, elle aussi de BEIJA FLOOR. Nous avons un chauffeur qui nous conduit d'abord à KAPAL où nous visitons deux temples, dont le PURA SADA, le temple le plus ancien de cette région dont l'origine remonte au XIIè siècle. Puis nous allons à MENGWI où le PURA TAMAN AYUN est construit sur une île entre les bras de la rivière. C'est un temple officiel, c'est-à-dire un temple dans lequel on honorait les ancêtres déifiés de la dynastie royale. Notre route s'élève ensuite entre les rizières, vert le Mont BATUKAU (2278 m), au pied duquel le temple de PURA LUHUR est isolé dans sa clairière au milieu de la forêt tropicale. Le temple et le paysage s'accordent... divinement. On trouve ici des autels dédiés aux trois lacs de montagne et derrière un autel surmonté d'un trône une statue de VISHNU chevauchant l'oiseau mythique GARUDA. En redescendant, on s'arrête à la source sacrée d'eau chaude d'AIR PANAS aujourd'hui très équipée pour le tourisme. On rentre dîner à KUTA où garer sa voiture est impossible.

Mardi, nous retrouvons notre jeune guide à 8.30 et nous allons d'abord à BATULAN pour assister à un très beau spectacle de danse de BARONO. Puis nous allons à CELUK dont tous les habitants travaillent dans l'orfèvrerie d'or et d'argent : avec Pétra et Danièle nous marchandons des bracelets dont le prix descend à moins de 40% de l'annonce de départ ! Ici, la vendeuse annonce un prix, puis elle dit : marchandez ! À MAS, c'est le village des sculpteurs sur bois. Beau, beau, mais il y en a tellement ! C'est cher aussi, même en marchandant, et puis, comment embarquer ça sur Saranaïa II... On regarde RAMA et SITA, les divinités hindoues, et puis... on file vers KLUNGKUNG voir le KERTA GOSA, ancienne demeure royale qui servit de Palais de Justice pendant la domination hollandaise. Sous le toit sont peints les supplices que subiront les prostituées, les femmes qui se font avorter, les hommes adultères ou ceux qui se sont rendu coupables d'un crime d'État. Un coup d'oeil au petit musée qui présente surtout des photos et des objets ayant appartenu à la famille royale, il faut échapper ensuite aux vendeuses de chemises pour remonter jusqu'à RANDANG où l'on déjeune dans un restaurant panoramique au dessus des rizières. Nous continuons la montée vers BESAKIH, le plus ancien des sanctuaires de l'île, sur les pentes du Mont AGUNG, le plus haut sommet de Bali. BESAKIH est appelé le temple mère. Il est immense. Le cadre doit être magnifique, malheureusement lors de notre visite les nuages cachent le Mont AGUNG, ce terrible volcan qui en 1963 détruisit les villages alentour, tua des milliers de personnes, mais préserva miraculeusement le temple. Par une route qui traverse les rizières, minutieusement irriguées malgré la déclivité des pentes, il nous reste à aller à BANGLI où nous arrivons à la tombée de la nuit pour une visite rapide mais empreinte de mystère du temple de PURA KEHEN.

Jeudi matin, nous repartons avec Jean et Jean-Étienne. Faux départ : la première voiture, réservée depuis cinq jours, tombe en panne à cinq cents mètres de la marina. Jean-Étienne s'impatiente : on revient à la case départ à pied. Renégociation du prix : de 150000 roupies, on descend à 90000, essence comprise ! En route pour le lac Batur et KINTAMANI. La traversée de la zone urbaine autour de DENPASAR est toujours aussi chaotique dans une circulation démente, mais dès que l'on atteint les rizières le paysage devient paradisiaque. La route s'élève au milieu de champs dont les limites dessinent les courbes de niveau de la montagne. Selon les parcelles, le riz est juste repiqué ou déjà haut ; ailleurs la récolte est déjà faite : cela donne des taches de couleurs différentes. On arrive sur le cratère du volcan, on aperçoit le lac, mais aujourd'hui le paysage est brumeux : c'est mauvais pour les photos. Tout un pan du Mont, jusqu'au lac, présente une surface de lave grise, souvenir des éruptions de 1917 et 1926 qui tuèrent des milliers de personnes et détruisirent des dizaines de milliers de maisons. Le village a été reconstruit mais sur le bord du cratère, et le sanctuaire rescapé fut replacé dans l'enceinte du nouveau temple. On jette un coup d'oeil au temple directionnel : un temple directionnel a une telle importance qu'il appartient à toute l'île, il y en a neuf à Bali et nous en aurons vu cinq ! On déjeune à Batur face au Gunnung Batur et à l'Agung. Repas à base de poulet et de porc, puis descente sur UBUD où nous visitons une expo de peinture, le marché local et jetons un coup d'oeil à la rue commerçante. Un orchestre de Legong joue juste à côté : j'essaie quelques photos...
Retour au bateau après une journée différente, marquée aussi pour nous par les pratiques corrompues de la police. Déjà, mardi deux fois, et aujourd'hui encore deux fois nous sommes arrêtés par la police pour une histoire de plaque d'immatriculation non conforme. Les quatre fois, nos conducteurs glissent quelques billets (5000 Rp) dans les papiers du véhicule qu'ils tendent au policier, et tout s'arrange instantanément... Nous en gardons une sensation désagréable que chacun interprète selon son idée.

Ce ne sera pas tout à fait notre dernière image de Bali : ce soir il y a un barbecue en l'honneur du départ des bateaux ! Mais c'est la marina, ce n'est plus tout à fait BALI...

 

 

26 septembre 1997

René Bernard